3-Qui est anti-lapin.

           A- les forestiers et les agriculteurs sont ils anti-lapin ? Réponse à la fin de ce paragraphe.

         La myxomatose a été introduite en Europe, en 1952, par le Dr Armand-Delille. Vous pouvez lire l'histoire de cette introduction dans le rapport de Henri SIRIEZ (chapitre I et chapitre II) .

 

           En 1957 Monsieur Henri SIRIEZ (Ingénieur agronome, Administrateur civil au Ministère de l'Agriculture) publie un document au titre évocateur : "La MYXOMATOSE moyen de lutte biologique contre le lapin, rongeur nuisible"

    Tout un programme.

            En 1956 M. DUFAY, directeur général honoraire des Eaux et Forêts, offre au docteur Armand-Delille la médaille de reconnaissance des amis de l'Agriculture et de la Forêt. Au cours de la cérémonie il prononce une allocution dans laquelle nous relevons chapitre IV p 41 : "Il s'agit de savoir si l'on veut du bois ou du lapin.../ /... les hommes en détruisant les renards et fouines, permettent le développement des lapins fatal pour nos forêts. Ma décision de faire cesser la destruction des renards a soulevé de multiples protestations." (fin de citation) Nous reviendrons plus tard sur cette prise de position toujours d'actualité.

 

            Monsieur SIRIEZ poursuit chapitre II P 26 :"dans un département ou le lapin est classé nuisible, ou gravement nuisible, un juge aurait beaucoup de difficultés pour faire condamner un propagateur de la myxomatose. En effet seul le gibier est protégé par la loi. Nuisible, le lapin sort du cadre de la loi..."

        "Le ministère de l'Agriculture fut parfois conduit à menacer certains préfets de retirer à leur département, des aides financière si le lapin n'y était pas déclaré gravement nuisible"

            Et voilà, la boucle est bouclée...

            Et Monsieur SIREZ poursuit :

        "Le lapin est néfaste pour la chasse elle-même"

        "Le lapin est méprisé par les vrais chasseurs. Il constitue le gibier populaire et démocratique pour les chasseurs modestes et humbles"

        "on peut se féliciter que la myxomatose favorise l'oeuvre de repeuplement de nos chasses en lièvre, faisans et perdreaux, patiemment poursuivie depuis de nombreuses années par le conseil supérieur de la chasse"

 

A ce niveau vous dites c'est pas possible, c'est de l'histoire ancienne !

    La question est de savoir si ces idées moyenâgeuses sont restées dans les murs du Ministère de l'Agriculture.  

    En 1964 on a remplacé la vieille administration  des Eaux et Forêts par l'Office National des Forêts ONF.

    Pour quoi faire ?

    Les propos du Ministre d'alors (E. Pisani, porte voix de l'administration) sont évocateurs :

        "Il s'agit de construire un outil, qui permettra de mieux exploiter la forêt soumise"

et

    En 1970 Monsieur Delaballe, directeur de l'ONF confirme :

        "Il faut à tous les niveaux, créer une obsession de la productivité"

 

On fait du bois. Nos chênes et nos châtaigniers séculaires sont arrachés. On les remplace  par des résineux, considérés comme plus rentables. On crée des chasses pilotes dont on espère (à tort comme cela s'est avéré par la suite) des miracles de rentabilité.

 

    En fait on nage en pleine contradiction.

En effet, quant on pense à faire du bois, on nous dit que la forêt doit être protégée des lapins, et on se donne des moyens à apparences légales pour le combattre à l'aide de la myxomatose. Dans la foulée, on dresse procès-verbal  au berger dont la chèvre s'est égarée dans le bois.

Mais, en même temps, on peuple cette même forêt de centaines de mouflons, de biches et de cerfs, en nous certifiant qu'ils ne mangent aucun bourgeon, ne font aucun dégât aux jeunes plantations, aux repousses ou aux récoltes voisines.

    Le désir des populations locales ? Balivernes !

    Contradictions ? Aucune, puisque nous ne comptons pas ! (dixit M. SIRIEZ)

 

Pour confirmer le tout un "haut" fonctionnaire de la région Languedoc-Roussillon écrit en 1976 :

    "La chasse doit être organisée dans le midi. C'est une activité hautement rentable. Rentable au niveau des sociétés de production de gibier. Rentable au niveau de la chasse de prestige au grand gibier.

    Les incendie potentiels ?  N'ayez aucune crainte, on augmentera le nombre de canadairs et de casernes de pompiers. Quant aux incendiaires potentiels, on leur donnera des postes de guide de parcours ou de gardes chasse, et le problème sera résolu."

 

Merci Monsieur le fonctionnaire de nous avoir éclairé.

 

Il est certain , que parmi les attributions de l'ONF on trouve la réglementation de la chasse, et la promotion de l'aménagement cynégétique du territoire, mais on relève aussi que l'administration doit tenir compte du rôle physique et social de la forêt.

 

La politique que nous venons de révéler vous paraît elle sociale ? A nous non !

La politique que nous venons de révéler vous paraît elle économiquement rentable ? A nous non !

La politique que nous venons de révéler vous paraît elle contradictoire ? A nous oui !

 

Une telle politique est elle encore suivie de nos jours ?    Hélas OUI !

 

La preuve ?

 

On la trouve dans le N° 221 du bulletin mensuel de l'OFFICE NATIONAL DE LA CHASSE (ONC) sous la plume de François Lamarque directeur de la recherche et du développement. Dans cet article, après nous avoir fait croire que l'ONC soutenait des travaux de recherche contre les maladies virales du lapin, travaux alibis, sur lesquels nous reviendrons, Monsieur Lamarque conclut p 17 :

 

    "Enfin il n'est pas sûr  que l'option <<vaccination des lapins de garenne>> soit aujourd'hui politiquement correcte aux yeux des Ministères de tutelle (Environnement et surtout Agriculture).

 

    Merci Monsieur François Lamarque de nous dire si clairement que la politique menée depuis 1952, est toujours d'actualité. Les élus passent, les fonctionnaires restent avec leurs analyses, leurs convictions et hélas leurs erreurs.

Mais au fait, qui savait que l'ONC avait l'Agriculture comme Ministère de tutelle ? La aussi merci Monsieur Lamarque de nous éclairer.

bulletin ONC1997.pdf

 

En conséquence

 

           A la question les forestiers et les agriculteurs sont ils anti-lapin ?

 

           Nous sommes obligé de répondre OUI, et ceci avec une grande constance dans le temps.

 

            Ont ils raison d'être anti-lapin ? Nous avons analysé les directions vers où nous ont mené les prises de positions contradictoires de l'ONF et de l'Agriculture. Les forestiers ont dit qu'il leur fallait du temps pour voir les résultats de leur politique ?  50 ans après nous voyons leurs résultats.

 

            Les convictions et prises de position de ces ministères sont elles démocratiques ? Posons la question aux élus de la nation.

 

   B- les représentants élus de la nation ont ils été, et sont ils anti-lapins ?

 

            En 1953,  après l'introduction de la myxomatose en France, l'émotion fut très vive (lire les détails p 17-26).

 

            Après les tribunaux, l'affaire arrive devant le parlement qui dépose une proposition de loi N° 6577 en vue d'enrayer les progrès de la myxomatose par la répression pénale de sa propagation.

    On note dans cette proposition la patte positive des élus :

                    Article 1/ seront frappés de même peine ceux qui auront fait naître ou contribué à répandre une épidémie chez les animaux énoncés au paragraphe précédent, chez les animaux de basse-cour, ou parmi le gibier.

                    Article 2/  Interdiction en tout temps de vendre ou d'acheter, de colporter ou transporter des lapins de garenne ou domestiques mort ou vivants dans tous département qu'un arrêté préfectoral aura déclaré atteint de myxomatose.

                    Article 3/ Interdiction d'introduire en France, d'acheter, de vendre ou transporter, de manipuler ou d'inoculer le virus de la myxomatose.

                                                  Et la patte négative de l'administration :

                      M. Siriez,  n'ajoute t'il pas en effet à propos de l'article 3/ de la proposition de loi précédente "sauf autorisations exceptionnelles accordées aux laboratoires par arrêtés spéciaux du Ministère de l'Agriculture.

                        (ce qui signifie du point de vue de Monsieur Siriez que l'administration aurait voulu avoir le droit d'employer l'arme biologique contre les lapins de France. L'intention au moins y était )

 

                    Suite aux débats à l'assemblée Nationale, une loi de portée plus générale que la proposition précédente était votée à l'unanimité. Et quoiqu'en dise Monsieur Siriez, la lecture de cette loi montre que les élus de l'époque ont réprouvé totalement les agissements du Dr Armand Delille, et ont désavoué leur administration de l'Agriculture et de la Forêt.

 

            Cette loi n° 55-1422 du 3 octobre 1955 (J.O. du 3 nov. 1955) est en effet ainsi rédigée :

 

                        Article premier :Le code pénal est complété par un article 454 bis ainsi conçu :

 

                        Article 454 Bis : Toute personne qui aura volontairement fait naître ou qui aura volontairement contribué à répandre une épizootie chez les animaux énumérés à l'article 452, chez les chiens, les chats, les animaux de basse-cour ou de volière, les abeilles, les vers à soie, le gibier et les poissons des lacs et des rivières, sera punie d'un emprisonnement d'un an à cinq ans et d'une amende de 25000 francs à 2 millions de francs. La tentative sera punie comme le délit consommé.

Toute personne qui, en communiquant sciemment à un animal quelconque une maladie contagieuse, aura volontairement fait naître ou aura volontairement contribuée à répandre une épizootie dans une des espèces précitées, sera punie d'une amende de 24000 Francs à un million de francs.

                        Article Deux : La présente loi, est applicable à l'Algérie.

 

                        La présente loi sera exécutée comme loi de l'Etat.

 

Conclusion :

                     Dans les années 1960 les représentants élus de la nation n'ont pas été contre les lapins de garenne. A l'unanimité au contraire, ce qui est rare, le parlement de la France a voté clairement contre les introducteurs et les propagateurs de la myxomatose.

 

Ceci  a conduit  l'administration de l'Agriculture a rentrer immédiatement en rébellion contre les élus. On appelle ça de la désobéissance civique. De la part de citoyens on connaît des exemples, y compris récents. Mais de la part de l'administration, ce doit être moins courrant. Il faudrait faire une recherche dans ce sens, et voir quelles sanctions sont prises dans de tels cas.

 

Bref la démonstration de cette désobéissance civique est toujours donnée par M. Siriez qui dans son rapport s'étonne des propos tenus lors du  débat parlementaire. Il trouve en effet aberrant  que les parlementaires aient qualifié le lapin de "richesse du sol", lui qui au contraire le qualifie de rongeur, destructeur, dangereux pour notre économie agricole, forestière, et néfaste pour la chasse elle même.

 

Au point qu'au mépris de la démocratie et du respect que l'administration doit aux élus M. Siriez propose immédiatement de contourner cette loi.

  Ne dit-il pas p26  dans ses commentaires de la loi :

                    Le virus de la myxomatose n'y est pas spécialement cité, pas d'avantage que le lapin. Sans doute le lapin sauvage est il compris parmi "le gibier", et le lapin domestique parmi les "animaux de basse-cour". Mais on voit là à quelles arguties pourrait prêter ce texte devant un tribunal. Dans un département où le lapin aurait été classé "nuisible" ou "gravement  nuisible", que se passerait il si quelqu'un usait d'un virus à l'égard des lapins de garenne de la même façon qu'il a le droit d'utiliser, contre les campagnols ou les rats, le virus de l'Institut Pasteur ? Le juge pour le condamner, devrait pouvoir estimer que la maladie ainsi transmise aux lapins de garenne, "animaux nuisibles" et non plus gibier , est capable de menacer les lapins de clapiers "animaux de basse-cour"...

 

                    Les élus ont ils depuis 1960 pris position contre les lapins de garenne ?

A notre connaissance non . Nous considèrerons en conséquence qu'ils lui sont toujours favorable.

 

 C- les chasseurs sont ils anti-lapin ?

 

                De qui parle t'on

                                           

                    Si c'est du chasseur de base, celui qui prends son fusil, son chien, et va se promener seul ou avec un ami ? Celui là n'est pas anti-lapin, au contraire, pas plus que le président de sa société de chasse.

                    Si c'est du président de sa fédération, lui non plus dans sa grande majorité n'est pas anti-lapin.

                    Si c'est de l'Union Nationale des Fédérations de chasseurs, il n'y a pas de problèmes non plus.

 

                    Là ou la question du lapin est plus délicate à évoquer, c'est à l'Office National de la Chasse (ONC).  L'ONC dépends du Ministère de l'Environnement, et a en charge les programmes de recherche sur la faune sauvage.

                    Il est bien connu depuis des années que ce Ministère n'est pas particulièrement enthousiaste quant il s'agit de défendre la chasse.

                    Nous avons vu ci-dessus que l'ONC dépends du Ministère de l'Environnement mais qu'il subit très fortement l'influence du Ministère de l'Agriculture, et que pour ces deux Ministères l'option <<vaccination des lapins de garenne>> n'est pas politiquement correcte.

 

                    Ce qui est cocasse c'est que l'essentiel du financement de l'ONC provient de la cotisations des chasseurs,et que pour l'instant, aucun Ministre de l'environnement n'a pu court-circuiter les fédérations des chasseurs, c'est donc dans l'interdépendance que ces questions doivent s'analyser.

 

                    Donc officiellement l'ONC ne se dit pas anti-lapin. Il faut ménager ses troupes, et ses finances.

                    L'ONC prétend même avoir tout  fait, et tout faire pour sauver le lapin de garenne. Cette affirmation mérite qu'on s'y attarde. C'est ce que nous faisons par la suite, ce qui nous permet de conclure que l'ONC épouse parfaitement les prises de position de ces Ministères de tutelle, et est donc clairement anti-lapins de garenne.

 

D- Les anti-chasse sont ils viscéralement  anti-lapin ?

 

                   Les groupuscules anti-chasse sont divers, variés, organisés, peux nombreux mais efficaces. Ils sont contre la chasse et contre les chasseurs en général, mais n'ont pas, a notre connaissance, manifesté une aversion particulière contre le lapin de garenne en particulier.

Leurs incohérences sont  néanmoins notoires, ce n'est pas l'objet ici de les énumérer toutes, mais néanmoins de citer celles qui font la UNE régulièrement dans les journaux. Nous voulons parler de ces carnivores (loups, lynx, aigles, ...) que l'on introduit (ou favorise) sans jamais penser à approvisionner leur garde mangé. Ces carnivores se servent en conséquence dans les troupeaux... Mais comme les bergers ne comptent pas plus que les chasseurs de lapin, leur plaintes restent gérées avec commisération. On leur propose la charité (remboursement de leurs pertes) alors que ces hommes veulent simplement, vivre dignement de leur travail. Exagère t'on ? Si c'est le cas, c'est avec Jean Lassalle député-maire  de Bournios-Ischère (Pyrénées-Atlantiques) qui écrit (Juillet 2004) à tout ce que l'Europe compte d'élus, de commissaires, de parlementaires touchés par le sujet des loups, des lynx... et ours :

            "Il est temps de mettre le débat sur la place publique, qu'on arrête de caricaturer en parlant de ceux qui sont pour les ours et de ceux qui sont contre."

Au Ministre de l'Ecologie qui vient de diffuser dans les offices du tourisme des Pyrénées, des brochures très "scolaires", Monsieur Lassalle dit :

            "Outre le fait que nous, élus locaux, n'avons pas du tout été associés à cette initiative, on trouve le ton très blessant, donneur de leçons... Nous ne sommes pas sous-développés..."

 

Si ces "protecteurs "de la nature étaient seulement cohérent, ils militeraient en faveur du  retour du lapin, qui pourrait constituer un gibier fourrage abondant pour les carnivores qu'ils souhaitent  favoriser.  Pourquoi ne le font ils pas ? J'ai un doute. Ne sont ils pas dans des associations soutenues par le Ministère de l'environnement lié on l'a vue à l'Agriculture ? Si c'est le cas  on comprends pourquoi ils cherchent à favoriser la présence des carnivores. Les loups, lynx, chats sauvages, renards,  fouines ..., dont la régulation devient en France une affaire d'état. L'ineffable M. Siries ne dit il pas   p 41 : "Il s'agit de savoir si l'on veut du bois ou du lapin.../ /... les hommes en détruisant les renards et fouines, permettent le développement des lapins fatal pour nos forêts. Ma décision de faire cesser la destruction des renards a soulevé de multiples protestations." (fin de citation)

 

Conclusion :

 

                   L'Agriculture et  l'Environnement, sont donc deux Ministères anti-lapins.

 

                                Le premier parce qu'il croit que le lapin est un destructeur des forêts et des productions agricoles.

                                Le deuxième parce qu'il est inféodé au premier, et qu'il est géré par une administration viscéralement anti-chasse.

 

               Les conséquences ? 

                    - l'on utilise des canadairs et des casernes de pompiers pour protéger les bois et les forêts, sans faire supporter ces charges par ces mêmes Ministères, mais par celui de l'Intérieur. In fine par les français.

                    - on prétends protéger les agriculteurs, mais on  les laisse se battre contre une concurrence féroce.

                   - on protège  les espèces carnivores, et on essais d'en introduire de nouvelles, ( les autochtones étaient bien plus nombreuses et variées du temps de la petite agriculture),  pour  contrôler la population des lapins, alors que précisément une densité raisonnable de lapins serait nécessaire à la survie voire à la multiplication de ces carnivores.

 

                Bref on fait du coup par coup, là ou il faut parler globalité. C'est du délire. Il est temps de mettre le débat sur la place publique comme dit si bien Jean Lassalle député-maire  de Bournios-Ischère (Pyrénées-Atlantiques).

 

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