Myxo-VHD : le constat d'échec de l'ONC

 

 

En novembre 1995, l'Office National de la Chasse annonçait la commercialisation imminente d'un vaccin "miracle" (puisque transmissible par appâts) contre la myxo et la VHD. 

Neuf ans après, dans un courrier adressé à un président de Fédération, le directeur de l'ONC Jean-Pierre Poly avoue qu'aucun développement commercial de ce vaccin n'est envisagé et que son établissement n'est actuellement impliqué dans aucun programme visant à mettre au point un vaccin.   

 

Ceux qui s'intéressent à l’avancement des travaux sur la myxomatose et la VHD vont se sentir frustrés lorsqu'ils reliront l'interview pleine d’espoir de François Biadi, publiée dans "Le Chasseur Français" de novembre 1995. Cet individu était à l'époque responsable du programme lapin à l’Office National de la Chasse et l’article titrait : « Enfin un nouveau vaccin ! L’ONC vient de le faire breveter. Il protège les lapins non seulement contre la myxo mais aussi la VHD, comme nous l'explique, en exclusivité, François BIADI ».

 

Question du Chasseur Français : Quelle différence y a-t-il entre ce nouveau vaccin et le BE4 de l'ANCLATRA ?

Réponse de Biadi : Le BE4 n'est pas un vaccin, mais une forme atténuée de virus qui rend le lapin malade pour l'immuniser. Nous avons abandonné cette recherche car nous pensons qu'il sera difficile d'obtenir l'Autorisation de mise sur le marché, les pouvoirs publics admettant mal que l'on contribue à propager une maladie, même atténuée. 

 

Question du Chasseur Français : quels sont les avantages du nouveau vaccin ?

Réponse de Biadi : Nous avons travaillé sur le SG33 pour le rendre plus performant, plus facile à transmettre et pour qu’il protège de la VHD. A terme, on peut penser que ce nouveau vaccin protègera les lapins contre d’autres maladies comme la coccidiose par exemple. Le fait qu’il puisse s’incorporer à un aliment le rend par ailleurs bien plus facile à utiliser.

 

Question du Chasseur Français : il se présentera comment ?

Réponse de Biadi : Le petit granulé, employé par les Australiens pour transmettre la maladie, nous semble intéressant. C’est plus facile à manipuler et à transporter.

 

Question du Chasseur Français : Encore faut-il que le lapin le mange !

Réponse de Biadi : Bien Sûr. Nous travaillons sur l’appétence des appâts. Nous sommes optimistes. Nous n’avons pas la prétention de vacciner de cette manière toute la population. Mais si nous parvenons à protéger une bonne proportion de jeunes, ce sera un pas en avant.

 

Question du Chasseur Français : Où pourra-t-on se procurer le vaccin ?

Réponse de Biadi : Nous ne savons pas encore s’il sera vendu avec prescription vétérinaire. Il n’est pas exclu que l’on puisse le trouver dans le commerce. Ne plus avoir à capturer de lapins, et les protéger contre la VHD, nous semble un progrès important.

 

Question du Chasseur Français : quel est le montant de votre budget de recherche ?

Réponse de Biadi : Environ 250 000 F par an et nous avons débloqué, il y a 3 ans, 1,5 MF pour un fonds contre la VHD.

 

Les commentaires de l'ANCLATRA

Il ne s'agit pas, pour nous, de relancer une polémique, mais simplement de replacer cet effet d'annonce de novembre 1995 dans son contexte. Etant entendu qu'il s'agissait d'une interview dont notre excellent confrère "Le Chasseur Français" ne saurait être tenu responsable.   

En janvier 1995, le courant de sympathie de Bio Espace n'avait cessé de croître. Nos essais de vaccination s'avéraient concluants et plus de 20 fédérations subventionnaient nos travaux de recherche.

En mars 1995, pour la première fois, l'Union Nationale des Fédérations présidée par Pierre Daillant décidait de nous octroyer une aide financière substantielle. La symbolique était importante puisqu'il s'agissait là d'une reconnaissance nationale du bien fondé des travaux de Bio Espace.

C'en était trop pour François Biadi. Celui qui avait consacré une grande partie de sa carrière professionnelle au lapin dans le cadre de l'Office National de la Chasse ne supportât pas que le petit (Bio Espace) vienne jouer dans la cour du grand (l'ONC).

Les conséquences de cette annonce furent désastreuses puisque pratiquement toutes les fédérations suspendirent leurs subventions. Le labo cher au professeur Commeyras fut du même coup contraint de suspendre son activité. A noter enfin que Jean-Pierre Gaillard, qui était à l'époque trésorier de Bio Espace (il est aujourd'hui président de la Fédération des Chasseurs de l'Hérault) mit un point d'honneur à retourner à l'Union Nationale des Chasseurs l'intégralité de sa subvention.       

 

Neuf ans après, l'aveu du directeur de l'ONC

Il est clairement explicité dans un courrier en date du 10 février 2004 que Jean-Pierre Poly a adressé au président de la Fédération des Chasseurs du Morbihan et que nous publions in extenso.  

 

Monsieur le président,

Nous avons pris connaissance de votre courrier du 6 janvier dernier qui a retenu toute notre attention. La situation du lapin de garenne est en effet préoccupante. C'est pourquoi d'importants moyens de recherche sont consacrés par l'ONCFS à cette espèce.

En particulier, le problème de la myxomatose et de la VHD mobilise notre équipe spécialisée sur le lapin. Il est assez complexe et doit être abordé de façon globale en tenant compte à la fois des spécificités de ces maladies, de l'évolution des habitats et des problèmes de gestion cynégétique. A ce titre, la focalisation des moyens sur la mise au point d'un hypothétique vaccin nous semble relever d'une approche erronée car basée sur une analyse incomplète de la situation. Affirmer que la mise au point et la distribution d'hypothétiques vaccins pourraient permettre au lapin de redevenir l'espèce abondante qu'elle fut par le passé, relève à notre sens de l'utopie et est de nature à faire naître des espoirs déraisonnables. C'est pourquoi les programmes conduits au sein de notre établissement s'inscrivent dans un cadre beaucoup plus large. Voici quelques informations sur ces programmes.

 

Myxomatose

Un important programme, conduit en collaboration avec l'Université de Lyon, porte sur l'interaction entre l'impact de la myxomatose et la structure spatiale des populations. Basé sur l'observation d'une plus grande résistance des populations, il vise à identifier les conditions de densité et de structures spatiale conduisant à un moindre impact de la maladie.

Une expérimentation de vaccination contre la myxomatose a été conduite en nature. Les résultats sont en cours d'analyse afin de déterminer quel est le gain dans ces conditions en terme de survie des animaux. Ce travail sera complété par la construction d'un modèle destiné à déterminer si une campagne de vaccination pourrait avoir un impact sur la dynamique d'une population et, le cas échéant, dans quelles conditions (proportion d'individus vaccinés, intensité de la circulation naturelle du virus…).En effet, contrairement à une idée reçue, il n'est pas certain qu'un vaccin dit "efficace" ait un impact sur la dynamique d'une population. L'efficacité "vétérinaire" d'un vaccin se juge à l'échelle d'un individu d'élevage qui, une fois vacciné, ne développe pas la maladie contre laquelle il a été vacciné. En nature deux autres questions se posent : d'une part la proportion d'animaux à vacciner pour avoir un réel impact à l'échelle de la population et, d'autre part, la rôle des autres causes de mortalités, qu'on ne rencontre pas en élevage et qui peuvent réduire le gain de survie tel qu'il peut être mesuré en élevage. Nous attirons votre attention sur la confusion qui est couramment entretenue entre cette efficacité "vétérinaire" et l'efficacité attendue en matière de gestion cynégétique, c'est à dire à l'échelle des populations. C'est la confusion de ces deux notions sous le même vocable d'efficacité qui conduit à des analyses erronées et à entretenir ainsi un espoir à ce jour démesuré.

 

VHD

Les connaissances sur cette maladie sont beaucoup plus fragmentaires que sur la myxomatose. L'interaction entre structure spatiale des populations et impact de la VHD fait aussi l'objet d'une collaboration avec l'Université de Lyon. Du fait de certains manques dans les connaissances, ce programme est moins avancé que celui concernant la myxomatose.

Une équipe de l'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) a mis en évidence un facteur de résistance des lapins à la VHD. Des études préliminaires conduites en partenariat avec cette équipe suggèrent que cette résistance s'accroît dans le temps, les épidémies successives sélectionnant des animaux résistants. Un programme est en cours pour caractériser les mutations génétiques responsables de cette résistance et ainsi fournir un outil de diagnostic utilisable à grande échelle. Il vise également à modéliser l'accroissement de cette résistance pour prédire l'impact futur de cette maladie.

 

L'ONCFS a déjà contribué au développement d'un vaccin

L'ONCFS n'est actuellement impliqué dans aucun programme de recherche visant à mettre au point un vaccin. Cet investissement a déjà été réalisé et a porté ses fruits en aboutissant à la mise au point d'un vaccin mixte contre la myxomatose et la VHD par une équipe de l'INRA et de l'Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse. Ce vaccin est efficace, à l'échelle d'un individu, par voie orale ou parentérale. Aucun développement commercial n'est envisagé en raison de la quasi impossibilité d'obtenir une autorisation du mise sir le marché (AMM) pour ce type de vaccin, c'est un OGM, et en l'absence de partenaire industriel intéressé pour le développer et le commercialiser, le marché attendu n'étant pas jugé économiquement intéressant. Il convient de préciser qu'aucun test en nature n'a été réalisé et qu'il est donc impossible de préjuger de l'efficacité de ce vaccin à l'échelle d'une population.

Enfin nous tenons a vous informer que cette question des pathologies du lapin a récemment fait l'objet d'une réunion de concertation entre l'ONCFS et la FNC. Nous continuons par ailleurs nos travaux pour définir les meilleures conditions de repeuplement et de gestion des habitats et des prélèvements, qui sont les seules pistes réellement envisageables à notre avis.

Je vous prie de croire…

Le directeur de l'ONCFS

Jean-Pierre Poly

 

Les commentaires de l'ANCLATRA

1) Lorsque le Directeur de l'ONC monsieur Poly écrit : "Affirmer que la mise au point et la distribution d'hypothétiques vaccins pourraient permettre au lapin de redevenir l'espèce abondante qu'elle fut par le passé, relève à notre sens de l'utopie et est de nature à faire naître des espoirs déraisonnables ", il devrait reprendre les travaux auxquels a participé jadis son établissement, à savoir :

 

- Impact of viral hemorrhagic disease on a wild population of European rabbits in France. Marchandeau S; Chantal J; Portejoie Y; Barraud S; Chaval Y ; Office National de la Chasse, Nantes, France. Journal of wildlife diseases  (1998 Jul),  34(3),  429-35.

 

Dans cette publication, les auteurs montrent en effet que la myxomatose plus la VHD provoquent sur une population de lapins de garenne (l'expérience a été réalisée dans la région parisienne) une mortalité de 88% sur les adultes, et 99% sur les juvéniles.

Face à un tel constat, c’est bien à ces deux maladies qu’il faut s’attaquer comme le fait Bio Espace, avant de s’intéresser aux autres causes de mortalités du lapin de garenne comme le préconise dans son courrier le directeur de l’ONC. Mais pour tous les chasseurs, une question se pose : l'option vaccination des lapins de garenne est-elle politiquement correcte pour l’ONC ? Si tel est le fond du problème, il serait quand même temps qu’on nous dise la vérité !     

 

2) Lorsque le Directeur de l’ONC Monsieur Poly prétend que le vaccin mixte mis au point par une équipe de l’INRA et l’Ecole Vétérinaire de Toulouse est efficace…, il ne doit pas faire la même lecture que nous de l’adjectif « efficace ». Si l'on analyse les deux types de travaux auxquels l'ONC a participé on trouve :

-1/ Un recombinant Vaccine-VHD qui nécessite 100 millions de doses par voie intradermique, et 1000 millions de doses par voie orale pour vacciner un lapin.

-2/ Un recombinant Myxo(SG33)-VHD qui nécessite 5000 doses par voie intradermique pour vacciner un lapin. Aucune expérience ne décrit les possibilités de vaccinations par voie orales en utilisant ce type de recombinant.

On comprend ainsi pourquoi, aucun industriel ne s'est intéressé à l'un ou l'autre de ces candidats vaccin. Les raisons ne sont pas celles invoquées par le Directeur de l'ONC.

 

3) Lorsque en effet le directeur de l’ONC monsieur Poly dit qu'il est impossible d’obtenir une AMM pour ces vaccins en raison du fait que ce sont des OGM, on se demande d'abord pourquoi l’ONC s’est lancé dans le financement de telles recherche, et on se dit ensuite que pour obtenir une AMM, il faut deux choses : 1/ montrer que le produit est bon, ce qui n'est pas le cas ici. 2/ faire la demande d'AMM et répondre a toutes les questions des examinateurs ce qui n'a pas été fait.

 

4) Lorsque le Directeur de l’ONC monsieur Poly avoue pour finir que son établissement n’est actuellement impliqué dans aucun programme visant à mettre au point un vaccin, c’est tout de même inquiétant pour l’avenir de la chasse en général et du lapin en particulier.    

 

Alors pourquoi n'encourage t'on pas les travaux de Bioespace ?

 

La suite très bientôt